« 20 ans de Maquis »
1er avril 2026
Retour sur la Porte ouverte
Le mercredi 1er avril sera le jour exact des 20 ans du Maquis de Vareilles. Vingt années intenses et passionnantes, mais il faut penser à transmettre, donc je vous propose toute la journée pour en discuter, partager notre expérience, faire visiter, informer, et un apéritif à 18 heures pour se retrouver et arroser notre longévité.
Dans le texte ci-dessous, vous trouverez des informations factuelles sur le Maquis et sur nous, la situation des cafés de village et quelques propositions que j’espère positives et constructives. C’est un peu long, c’est un peu un état des lieux, genre « bilan et perspectives », je vous remercie d’avance de votre lecture, de vos retours et commentaires.
Ouvert depuis le 1er avril 2006, Le Maquis de Vareilles est un café, restaurant (cuisine maison), épicerie (produits locaux et équitables), librairie (livres neufs et récents) et brocante ouvert les week-ends, jours fériés et veilles de jours fériés de mars à décembre, nous proposons également des concerts, expositions participatives et des rencontres. Le Maquis est un commerce indépendant en entreprise individuelle, les murs appartiennent à une famille de Vareilles. Vareilles est un village rural du Pays d’Othe de 240 habitants situé à 15 km de Sens dans le nord de l’Yonne. Vareilles fait partie d’une commune nouvelle de trois villages avec Chigy et Theil sur Vanne et fait partie de la Communauté de Communes de la Vanne et du Pays d’Othe. Le Maquis est membre de l’UMIH.
Nous sommes nés et avons toujours vécu et travaillé dans la région, nous habitons à Vareilles depuis 1986. En 2005, nous avons acheté le fonds de commerce du café de notre village qui était en liquidation judiciaire et qui allait fermer définitivement. Nous n’avions aucune expérience dans ce domaine. Nous avons remis le local en état et aux normes et avons proposé un commerce multi-activités à notre idée et sans à priori. Nous avons choisi les jours et horaires d’ouverture en fonction de nos possibilités.
Nous étions déjà travailleurs indépendants exerçants à Vareilles, Lionel comme métreur-économiste de la construction depuis 1990 et moi comme ébéniste-restauratrice de meubles depuis 1995 . Lionel a été conseiller municipal puis premier adjoint au maire de Vareilles de 2001 à 2014. J’ai été présidente de 1997 à 2016 de l’association La Puce de Vareilles qui a créé, développé et transmis La Fête des Saints de Glace.
Nos clients sont majoritairement des habitants du village (une cinquantaine), des villages limitrophes et de tout le Pays d’Othe, une partie sont en résidences secondaires. Une autre partie vient de plus loin pour les événements que nous proposons. C’est une clientèle familiale et plus féminine que dans beaucoup de cafés. Les femmes viennent seules sans aucun problème. Nous avons une base de clients fidèles (entre 400 et 500) dont certains viennent depuis l’ouverture du Maquis et un très grand nombre de clients occasionnels. Nous avons environ 2000 contacts par mail, 2500 followers sur facebook et notre site internet est très visité. Nous servons entre 30 et 100 couverts par week-end.
Comme nous n’avons pas fait d’études supérieures et n’avions jamais quitté la région, dès l’ouverture, le Maquis nous a permis de faire des rencontres, des habitants des environs que nous n’aurions jamais eu l’occasion de croiser, des nouveaux arrivants dans la région, des artistes, des fournisseurs, c’est pour nous une aventure humaine et une ouverture incroyables. En particulier, dès le début des musiciens professionnels nous ont proposé de jouer au Maquis et en vingt ans, cela fait un nombre de rencontres et de liens impressionnant, ils nous ont vraiment portés.
Nous avons aussi appris beaucoup de métiers, de la cuisine à la librairie, et toutes nos compétences et expériences antérieures nous ont été très utiles, il faut être très polyvalent.
Le Maquis est une entreprise commerciale qui correspond aussi à la définition d’un « tiers lieu » : entrée libre, accueillant, pas d’adhésion ou de rendez-vous, activités ludiques et culturelles, où l’on peut discuter et prendre son temps, prix peu élevés, point d’informations locales, consommation d’alcool modérée, etc… Il n’y a pas d’association liée au Maquis mais quelques personnes nous proposent et participent à l’organisation et à la communication d’événements.
Financièrement, en jonglant avec nos autres activités et nos emplois du temps, en travaillant à l’économie, nous avons la chance d’avoir trouvé un modèle économique durable. Pour 140 jours d’ouverture par an, nous dégageons environ un SMIC à temps plein sur 12 mois, mais il faut prendre en compte que 3 jours d’ouverture nécessitent environ 80 heures de travail au total (approvisionnement, administration, comptabilité, maintenance, cuisine, ménage, communication, programmation, heures d’ouvertures, etc…), nous faisons tout nous même pour diminuer les dépenses, une grande partie des heures est donc bénévole. Le Maquis est un commerce, donc n’existe que par les achats des clients, il n’y pas d’autre apport d’argent, il n’y a aucune subvention ou aide extérieures, ni de contrats qui nous garantiraient un chiffre d’affaire minimum. Nous assumons toutes les charges d’exploitation, cotisations sociales, impôts et taxes diverses, etc… Bref, nous ne coûtons rien aux contribuables !
Les arguments pour le maintien des commerces, en particulier les cafés, dans les villages sont nombreux : en plus des services directs qu’ils rendent, ils sont ouverts sur de grandes plages horaires presque toute l’année, sans adhésions ni inscriptions, entrée libre, favorisent les rencontres et les discussions, peuvent donner des renseignements, porter secours, accepter des affiches et des petites annonces, rendre des services de voisinage, ce sont souvent les seuls endroits du village où il y a un peu de lumière et de vie, en particulier pour les gens de passage, accueillir et renseigner les nouveaux arrivants, ce sont souvent eux qui donnent la première impression d’un village, ils sont sécurisants, ils sont souvent un argument de vente pour les agences immobilières, etc, etc… En bref, ils contribuent à la bonne qualité de vie dans les villages et en général même les gens qui n’y vont pas y sont attachés et en parlent.
La diminution des commerces en milieu rural n’est pas nouvelle et depuis quelques années elle s’accélère malgré la volonté, le dynamisme, l’inventivité et la générosité de la plupart des commerçants. Certaines communes maintiennent leurs derniers commerces en achetant les murs, en finançant la mise aux normes, les aménagements et équipements, puis en mettant le fonds de commerce à disposition en location. Elle ne peuvent le faire que « en l’absence d’initiative privée dans le domaine », c’est à dire que si c’est le dernier café ou la dernière boulangerie de la commune. Ces projets, parfois très coûteux, n’empêchent pas toujours les échecs, souvent dus aux exigences des mairies et à la méconnaissance des élus du fonctionnement d’un commerce qui ne peut pas remplir des missions de service public gracieusement. Mais globalement, c’est surtout un problème de chiffre d’affaire et de nombre de clients potentiels. Il serait souvent plus pertinent économiquement et humainement de soutenir activement les commerces déjà existants en ayant une politique d’achat systématique et volontaire des communes pour les aider à se maintenir. On peut aussi comprendre que certains contribuables rechignent à financer des commerces qu’ils n’utiliseront pas, ou qui vendent principalement de l’alcool, des jeux et du tabac.
Depuis quelques années, la création de lieux associatifs, de cafés repris par les mairies, de tiers-lieux avec des statuts très divers, le non respect de certaines règles, ont fragilisé et dégradé le statut d’entreprise des cafés.
Il n’y a pas à culpabiliser les habitants, ils n’ont pas à se justifier, mais si les élus, collectivités et associations ne donnent pas l’exemple en privilégiant les achats sur la commune, qui va le faire ?
Tous les élus annoncent vouloir « soutenir le commerce local », je me permets quelques propositions:
-considérer les commerçants comme des acteurs de la vie sociale des villages au même titre que les associations, les rencontrer tous, travailler et avoir un rapport bienveillant avec eux.
-désigner un conseiller municipal chargé plus particulièrement des relations entre la mairie et les commerçants, de la régulation entre les commerces sédentaires et itinérants, des relations entre les commerces et les associations, le respect des lois et de la concurrence, qui soit l’interlocuteur à l’écoute des commerçants.
-répertorier tout ce qui pourrait être acheté sur la commune par les administrations, associations, etc…et les y inciter activement. Un système de bons d’achat est une très bonne idée par exemple.
-il pourrait y avoir le même travail au niveau des communautés de commune pour avoir une vue d’ensemble et une réflexion sur la répartition des commerces.
-au niveau départemental, relancer une association comme « les cafés de pays de l’Yonne » qui était une très bonne initiative
-au niveau national, réserver les appellations « café, bar, restaurant, brasserie, auberge, … » aux entreprises commerciales, et que les associations ne puissent utiliser que les termes type « buvette » « amicale » « cercle » « club » pour ne pas créer de confusion et de concurrence déloyale.
Et bien sûr c’est à nous, commerçants, de donner envie, d’être attractifs, de proposer un accueil de qualité, d’annoncer et de respecter des horaires, de bien communiquer, de proposer des produits de bonne qualité, d’innover, …et de trouver une rentabilité.
Depuis septembre 2023, nous cherchons à transmettre le Maquis, vendre le fonds de commerce ou mettre en location-gérance, en priorité la partie bar-restaurant-épicerie, il doit bien-être possible de trouver une personne ou plutôt un couple aussi fous que nous ! On y travaille, sinon les carottes sont cuites !
Merci de votre lecture, en espérant qu’elle vous a apporté quelques informations et au 1er avril pour en discuter.
Un énorme merci à tous nos clients, fournisseurs, artistes, amis, familles, voisins,…
Christine Brouchoud et Lionel Génin.
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https://fr.wikipedia.org/wiki/Tiers-lieu
https://www.umih.fr/dossiers/ruralite.html
https://blogs.alternatives-economiques.fr/abherve/2022/12/17/programme-1000-cafes-analyse-d-un-echec
« Ceux qui restent-Faire sa vie dans les campagnes en déclin » Benoît Coquard-éditions La Découverte-2022
L’épicerie, la librairie et la brocante du Maquis sont ouvertes tous les jours de l’année sur rendez-vous.
Nous pouvons ouvrir le café sur demande en dehors des jours d’ouverture annoncés.
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